dimanche 14 mars 2010

Il y aura

Il y aura

Il y aura Delphes,

Les oliviers que j’ai vus,

Léonidas entre les colonnes du temple,

Une photo de l’ami que j’ai perdu,

Il y aura cette fuite éperdue

Vers l’Orient inévitable,

Saint Jean d’Acre et Salah ed Din, le guerrier sage,

Ensemble nous abattrons la citadelle,

Sous la tente on apportera

Le sorbet à la glace du Mont Liban

Et, fuyant le Saint Sépulcre,

Effroyable malentendu,

Nous soulèverons la poussière de la steppe.

Il y aura Samarcande et ses céréramiques bleues,

Le pilote en guenilles d’une felouque

Et cet enfant qui remonte le courant du fleuve

Ramant de ses mains dans une caisse

Devant Edfou pour quelqu’aumône,

Une multitude d’êtres humains

Sortant de sommeils millénaires

qui me reconnaîtront pour un des leurs.

Il y aura Don Quichotte en son implacable Castille,

Source de notre parole

Et puis la mer Egée sans aucun nautonier,

Ulysse dérivant vers Ithaque sans voile,

Rien qu’Irène Papas dans sa robe de deuil

Blanche.

Il y aura un enfant penché

Au-dessus d’un pont sur la Loire

Cherchant le souvenir d’une ombre passante

Et d’autres eaux encore, plus pures et plus noires

Il y aura la Pointe du Raz, toujours imaginée,

Tout un hiver de tempête désolant les pêcheurs

Attendant que le vent cesse,

Une île battue d’écume et de mort.

Il y aura la gloire des jardins au printemps,

Quelques aquarelles

Et la Sainte Victoire qu’on voit depuis

L’aire stationnement d’Aix-Ouest,

Le Grand rocher rouge et La route de Sommières

Tels qu’ils les ont vus l’un et l’autre.

Il y aura toutes les femmes

Que je n’ai pas su aimer

Quand elles s’offraient

Et les enfants auxquels je n’ai pas su parler.

Il y aura un très vieil homme

Qui m’a parlé d’au-delà

Un jour que j’étais comme lui très vieux

Et très vivant

Et nous avons secoué tendrement des morts

Qui, l’un après l’autre hochaient la tête

En souriant tristement, lèvres closes,

Sachant qu’ils entendaient tout

Ce que nous disions.

jeudi 11 mars 2010

Poésie, une définition

Je crois la trouver dans ces quelques lignes de Claude Esteban (1935-2006).  :

"Ce n'était rien pourtant qu'un fragile tissu de mots, de mots précaires -mais ils ne cédaient plus sous la poussée des autres mots de chaque jour. Quelque chose vibrait en eux, s'accroissait, s'animait de présence, comme s'ils s'étaient nourris en moi d'une sève secrète, d'une chair très profonde que je ne connaissais pas". 
Et, plus loin :
"Ce lieu hors de tout lieu".
(écrit en 1959, propos rapportés par r Thierry Guichard dans "Le matricule des anges"n°73 mai 2006).

Ça, de la poésie ?

 

PLAGE

 

 

 

 

Ce sont deux enfants. Ils marchent sur le sable qui longe la mer, si calme aujourd’hui et chacun veille à marcher du même pas que l’autre, jambe contre jambe, pour éprouver plus charnellement le plaisir d’être ensemble.

C’est la morte saison et ils sont seuls. Seuls et amoureux.

Elle est plus petite que lui et tout en marchant il garde sans effort sa tête à elle au creux de son épaule. Il parle et elle l’écoute. Elle répond et il comprend tout ce qu’elle dit. Ils s’entendent.

Ce qui leur est arrivé leur paraît à la fois si beau et si naturel qu’ils prennent ça pour un dû, quelque chose à quoi ils avaient droit et qui ne leur avait été refusé jusqu’alors que pour une raison obscure mais assurément injuste, trop injuste. Quelque chose de raisonnable, tout simplement.

Ils ne garderont aucun souvenir de ce qu’ils disaient ce jour-là, mais seulement celui du bruit de la vague lointaine et mourante, de la douceur infinie de l’air, de son silence inhabité.

Ont-ils au moins quelque projet d’avenir, ou bien l’intimité de cet instant limité leur suffit-elle ? Ont-ils même besoin d’imaginer quoi que ce soit, puisque le présent est toute leur vie, ce qu’ils savent bien ? De toute leur force, ils sont attentifs à sculpter ce présent dont ils sont  le fruit autant que le modèle, à lui donner forme palpable et douceur tangible.

Quel âge ont-ils ? Quinze ans, vingt ans, Quarante, soixante ? Cela n’a pas de sens, plus de sens.

Ils ne reviendront jamais ici ensemble mais aujourd’hui, ils ne le savent pas. Ils n’ont fait que se chercher avec application, se trouver, et c’était pour venir marcher sur cette plage, pour vivre cet instant.

 

 

 

 

Un poète

 Tout petit écrivain (écrivaillon ?) que le sois, je suis bien conscient que la poésie est la forme la plus élaborée de l'écriture, malgré les limites qui sont les miennes en ce domaine : je me sensen effet  plus proche de Villon, de La Fontaine, de Rimbaud, Desnos, Aragon (parfois) et même de Charles Trenet (mais oui) que de ces "Grands poètes" que sont réputés être P.Claudel, René Char et Saint John Perse.
 Fort de ces précautions oratoires, je vais maintenant, sans autre précaution, vous dire, après Laurent Binet (auteur de "HHhH") que je tiens Monsieur Alexis Léger (alias St John Perse) pour un fieffé salaud.  Je sais bien que l'esprit diplomatique, tout comme l'esprit militaire, n'est qu'une perversion de l'esprit humain, mais tout de même...Poète et salaud ?..
Voici ce que rapporte à son sujet L.Binet.
"Alexis Léger accompagne Daladier à Munich en tant que secrétaire général du Quai d'Orsay. Pacifiste jusqu'auboutiste, il a oeuvré sans relâche pour convaincre le président du Conseil français de céder à toutes les exigences allemandes. Il est présent quand on fait entrer les représentants tchèques afin de les informer de leur sort, douze heures après la signature de l'accord décidé sans eux.
Hitler et Mussolini sont déjà partis, Chamberlain baille ostensiblement et Daladier dissimule mal sa nervosité derrière une hauteur embarrassée. Lorsque les Tchèques anéantis demandent si on attend de leur gouvernement une réponse ou une déclaration quelconque, il est possible que ce soit la honte qui lui ôte la parole (que ne l'a-t-elle étouffé, lui et les autres !). C'est donc son collaborateur qui se charge de répondre avec une arrogance et une désinvolture que le ministre tchèque des Affaires étrangères, a commentées par la suite d'une remarque laconique sur laquelle nous devrions tous méditer :"C'est un Français".
...
"Aux portes de son hôtel à Munich, un journaliste l'interroge :
-Mais enfin, Monsieur l'Ambassadeur, c'est quand même un soulagement, non ?
Silence. Puis le secrétaire du Quai d'Orsay soupire :
-Ah oui, un soulagement...comme lorsqu'on a fait dans sa culotte"
Je n'irai pas jusqu'à dire que la poésie de ce monsieur sent la merde, puisque que je me sens dans le même temps obligé de respecter MALGRE TOUT L.F. Céline, mais avouez que cela pose problème. L'un comme l'autre ont envoyé quantité de gens à la mort et ils ont pourri l'adolescence d'un ado qui portait mon nom, alors, que ce soit excessive  rigueur ou fermeture d'esprit, j'ai du mal avec ces gens-là, d'autant que je demeure convaincu qu'on ne peut pas écrire sans se sentir tant soit peu responsable de ce qu'on dit.
Amis, qu'en pensez-vous ? Dites-moi...




Vous me direz que L.F. Céline, qui mérite toute notre admiration, s'est conduit, lui aussi, mutatis mutandis, "comme une grosse merde" et même pire encore.

lundi 8 mars 2010

La mémoire et l'Histoire

   La rafle du Vél. d'hiv (16 juillet 1942) permit à la Police française d'arrêter, (à elle seule !) et en une matinée, 13 000 des 25 000 Juifs de Paris pour les "remettre" aux Allemands. (Il en manquait hélas 12000 que de mauvais Français avaient eu le temps de prévenir).
Bref.
L'ancien président Jacques Chirac qui eut le mérite de revenir en 1995 sur le drame pour exprimer "notre honte", commente dans le JDD du 7 mars :
"La mémoire permet d'éclairer l'avenir"
On pourrait  ajouter :" surtout quand elle projette sa lumière dans les trous noirs".

jeudi 4 mars 2010

Rubenstein

J'avais le souvenir d'un personnage gai, un tantinet cabotin, mais l'image de son  visage  blême, laiteux et parfaitement impassible, ne parvient pas à s'effacer.

mercredi 3 mars 2010

Patates

Y a de l'OGM dans les pommes de terre .
Bigre !
José Bové s'indigne. Naturellement. Et le cameraman qui se trouve justement là. 
Bové nous explique que ça va contaminer (sic) les sols.
Bon. Rameutons nos souvenirs.
La modification génétique, c'est bien le résultat de quelque chose qu'on introduit dans un gêne, ou un gêne qu'on tripote ?
C'est donc  une histoire de spermatozoïdes et/ou d'ovule ? Bref, de reproduction sexuée.
Les patates, de leur côté -enfin, c'est ce que croyais - c'est un tubercule, une sorte de tige souterraine, quoi, qui ne porte pas de fleur, donc pas de gamètes , vous me suivez ?
Alors, qu'est-ce qui va se passer ? On va voir des tubercules copuler sous terre et c'est ça qui va contaminer le sol ?
Attendons-nous au pire.
Monsieur Bové, expliquez-moi, vous qui savez tout, sinon, je ne voterai plus jamais pour vous. Ah! Mais !